Avec Nicolas Frespech, faites le tour du monde des microbots arty, des robots pour Twitter programmés par des artistes. Le net-artiste fait le modeste, mais on peut bien vous donner un indice : @Emojiforest, le bot forestier, est de lui.
Ce bot prend des photos au hasard depuis les webcams non sécurisées (capture écran). © Public Domain
< 03'02'17 >
Twitter et le chant des bots

On nous prédit à la fois un monde entouré d’assistants numériques à nos petits soins et de terribles robots capables de faire n’importe quoi dans nos vies, en voiture comme à la maison. Le bot est un sujet constamment réactivé par les médias, un sujet pour répondre à nos craintes comme à nos espoirs. C’est une pensée magique et terrible, celle d’un monde où se poserait la question de notre activité humaine dégagée de toute vicissitude matérielle. Pourtant, dans le joyeux monde des médias numériques, les bots sont là depuis un moment déjà. Du côté de Twitter, le réseau social de microblogging, humains et bots gazouillent dans un joyeux bordel ! Revue de genre.

Aux origines du gazouillage

C’est quoi un Tweet ? Des lettres, des chiffres, des emojis, des liens, des messages adressés (@poptronicsfr par exemple), des liens internes en mode #, des images, des vidéos... et cette fameuse « limite » de 140 caractères ! Un Tweet, c’est aussi un message qui s’intègre dans différentes timelines verticales (des tas) organisées différemment sous forme d’abonnements, de retweets, de likes et de messages privés adressés au possesseur d’un compte, qu’il soit humain ou pas.

Un compte Twitter peut être lié à des comptes Facebook ou Instagram et être automatisé (on poste sur Instagram et simultanément sur Twitter par exemple). C’est déjà ça un bot, automatiser des tâches à la place des humains !

L’armée des bots

Le phénomène des bots sur Twitter ne cesse de prendre de l’ampleur, par sa quantité et son usage. On a pu le voir très récemment avec la « guerre » des bots pendant la campagne américaine. La plateforme Twitter a été accusée de participer malgré elle à ce nouveau phénomène appelé la « post-vérité », où infos non vérifiées, trolls en tout genre et posts automatiques révisionnistes sévissent à tout va – voir le cas Tay, le bot raciste de Microsoft) !

Timeline de bots sur Twitter :
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Des bots, il y en a donc des tas, oui des tas : 1 utilisateur sur 10 serait un bot (avouait Twitter en 2014, sans vraiment en contrôler l’évolution). Ce qui ne fait pas vraiment les affaires de notre machine à gazouillis (et à fric si possible), car les bots ne consomment pas de clics publicitaires (enfin pas chez Twitter) et n’ont pas encore de compte bancaire pour achats impulsifs ! En 2014, Twitter comptait 23 millions de comptes alimentés par des robots.

Un bot peut aussi être associé à un compte géré par un humain, créant ainsi une sorte de confusion. Petite astuce pour voir si un compte est tenu par un robot : regarder le nombre de ses abonnements. Un robot, un « vrai », n’est très souvent abonné qu’à une seule personne, son maître créateur, comme @GraphicScoreBot, créé par Emma Winston, aka @deer_ful, « doctorante en sous-culture ukulele » et maîtresse d’une palanquée de bots ! Certains bots font même parler des morts comme Dalida for Ever. Et on ne parle pas des bots qui survivront à leur auteur !

Il y a différentes méthodes pour activer un bot sur Twitter : des solutions relativement complexes utilisant l’API Twitter et des outils très simples comme Cheap Bots qui mettent à portée de tous le droit au bot !

Voilà à quoi ressemble le code d’un bot sur Twitter :


Ceci est un bot

Et du côté des artistes ? Il y a quelques années, je m’étais intéressé aux liens qu’ils entretenaient avec Twitter. En 2017, ma curiosité vise plutôt l’utilisation des bots dont le fonctionnement (le script) a été pensé par des artistes.

J’actualise régulièrement la liste Bot or Not avec les comptes que je trouve intéressants. Cette liste est d’ailleurs hébergée sur le compte d’un bot…

Le jardin de l’Unicode

@unicode_garden publie toutes les trois heures un graphique composé de caractères Unicode représentant un jardin. L’auteur de cette création, Emma Winston (encore elle !) partage avec les internautes les sources de sa création.

Minimondes

Pami les bots artistiques, il se dégage un tendance qu’on appelle les Tiny Worlds, des représentations miniatures du monde, le plus souvent en emoji comme @tiny_map (un de mes préférés !), @tiny_street, @tinylandscape, @tinychristmas… des paysages qui viennent s’incruster pour notre plus grand plaisir dans notre timeline.

Gare à l’overdose : il est possible d’accéder à toutes les publications de ces robots, qui sont infatigables ! @ARealRiver , ses plus de 21 000 Tweets, en est un parfait exemple : le flux des publications constitue un tout, une œuvre, une rivière qui s’écoule régulièrement dans le flux des datas !

Toujours dans cet esprit bucolique, des bots coachs nous invitent à ne pas oublier de respirer, de boire, de voyager ou même de tenir un carnet de voyage comme Magellan en son temps, sauf que là c’est un robot qui voyage sur le net !

Bot sur demande

Il y a aussi des bot interactifs qui ne s’activent que s’ils sont sollicités. Si vous envoyez une image à @pixelsorter, il la manipulera grâce à un algorithme et la publiera sur son flux. Plus pratique, un petit message à Julie la poule robot @JulieThechicken vous permettra de recevoir un œuf emoji, bien utile pour préparer son repas de la Saint-Valentin avant d’aller à un vernissage dans une galerie hype.

Politico-Bot

Quelques robots viennent aussi gratter notre rapport au monde numérique. @FFD8FFDB parcourt la toile à la recherche de webcams non sécurisées afin d’en publier des images régulièrement. Peut-être vous en train de vous brosser les dents devant votre PC ?

Et si vous êtes tristes ou en colère, un robot Munch crie pour vous !

Activiste LGBT arty, Le Queer Robot publie des phrases dans lesquelles le mot Queer est ajouté, exemple : « Take a deep breath. That air is queer now. Thank you from a robot that loves you. »

Féministe, le prolixe @PATATECHAUDEBOT dresse un portrait de femme avec des phrases, des emojis... Son auteure (eh oui c’est une femme) a scénarisé ce robot en partant de représentations clichés de la femme dans les médias.

La grande parade des bots

Et si ces robots se mettaient tous à dialoguer ensemble ? Twitter a trouvé une parade en limitant le nombre de publications, car comme on l’a déjà dit, un robot ça bosse sans cesse et deux, voire 12 000 bots qui dialoguent constamment feraient imploser techniquement l’entreprise déjà en difficulté !

Pour l’avenir de ces créations, on reste suspendu à l’économie mondiale. Alors que Vine a été fermé, ce sera peut-être un jour le cas de Twitter ! Allez, on en saura peut-être plus grâce aux voyances artistiques de @predartbot.

nicolas frespech 

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