< 07'10'09 >
Obama, singe ou escargot ?

Noir et rouge. Aux yeux de ses adversaires les plus violents, Barack Obama cumule les deux couleurs honnies par l’Amérique de la suprématie blanche. Et Guillaume-en-Egypte ne décolère pas de tant de bêtise. Deux semaines après avoir dénoncé le racisme des manifestants opposés à la réforme de la sécurité sociale, le chat pigiste de poptronics enfonce le clou et poptronics avec, en allant voir de plus près cette Amérique intolérante. Car si elle a fait état de ce lynchage symbolique, la presse française n’en a guère montré les images. Comme elles sont de l’espèce dont on dit « il faut le voir pour le croire », nous vous invitons à les voir.

Dans les cortèges anti-Obama :

« Le discours d’Obama à ses camarades anthropoïdes des Nations Unies… » – ainsi commence un commentaire dudit discours sur le site Moonbattery. Le thème du singe (et de la banane, folklore qui n’est que trop familier aux footballeurs d’origine africaine) fleurit en ce moment dans la campagne anti-Obama. Double racisme ; antinoir et antisinge. Quiconque a connu l’époque du Maccarthysme aux Etats-Unis pouvait penser que cette page affligeante avait été tournée en même temps que l’hystérie de la Guerre froide. Aujourd’hui c’est pire, et en accréditant l’idée que pour s’opposer au projet de sécurité sociale tous les coups sont permis, les Républicains ont pris une lourde responsabilité. Parce qu’à l’abri de cette posture d’opposition radicale, ce sont tous les démons qui sont lâchés, et avant de gloser sur la chute de popularité d’Obama, il serait bon de prendre la mesure du tsunami de bêtise auquel il doit faire face. D’autant qu’une étude publiée en début d’année, le Southern Poverty Law Center (SPLC) fait état d’une recrudescence des groupes racistes, xénophobes ou hostiles aux minorités actifs aux Etats-Unis : 926 en 2008, en hausse de 56% par rapport à 2000, année de la première élection de Bush Jr (602 recensés). L’élection d’Obama a « enflammé les racistes extrémistes qui (la) voient comme un signe supplémentaire que leur pays est assiégé par les non-Blancs », souligne la revue de cette ONG, qui rappelle que pendant la campagne, le futur président a reçu « le plus grand nombre de menaces de l’histoire pour un candidat à la présidentielle ».

« Obama le singe » :

Les racistes donc, tout heureux de trouver un prétexte à ressortir des injures et des amalgames qu’on n’osait plus guère arborer. Les droitiers qui se désespéraient de ne plus trouver personne à qui attacher l‘étiquette commode de « communiste », et qui se rattrapent en brandissant des portraits d’Obama en Staline, en Marx, en Che, en Fidel, en Kim Il-sung et pour faite bonne mesure… en Hitler (car comme le remarque finement un exégète : dans national-socialisme il y a « socialisme »…) « Obama est un “radical communist” et son but est de détruire les Etats-Unis », assène sans rire le Républicain Alan Keyes, lui-même Afro-américain, qui n’a visiblement pas pardonné à son rival démocrate de l’avoir emporté aux élections sénatoriales de l’Illinois, en 2004.

Il y a aussi tous ceux qui sont viscéralement opposés à la moindre intervention du gouvernement dans le champ social, tous ceux qui, relativement protégés par le système actuel, ont une peur bleue de tout changement, tous ceux pour qui Obama est l’Antéchrist, ceux qui croient qu’il est musulman et qu’au Sénat il a prêté serment sur le Coran, plus les militants de l’anti-avortement, plus tous ceux qui ne comprennent rien à rien, ça finit par faire beaucoup de monde. Dans cette bouillie, difficile de choisir l’Oscar du plus horrifique. Un sérieux candidat tout de même ; le « pasteur » Steven Anderson, qui met sa haine d’Obama sous la protection de Dieu, prié de faire en sorte qu’il meure « en fondant comme un escargot ». Les anglophones qui douteraient de ce délire regarderont avec profit ce petit sujet de CNN.

« Obama le rouge » :

Fort heureusement, un petit village gaulois a su résister à ces légions yankees qui font d’Obama un communiste endurci. C’est le blog de la cellule PCF du 7e arrondissement de Lyon. A travers une vision du monde qui ne manque ni de cohérence, puisque sa seule et unique clef est l’anticommunisme, ni de prise de distance, puisque Staline est mis lui-même au banc des accusés, on apprend que toute l’histoire contemporaine se réduit à trois « complots » Le complot hitlérien. Le complot stalinien. Et… le complot Obama, personnage inventé par les réacs de tous les pays pour faire triompher l’anticommunisme. Ainsi l’équilibre est rétabli, et si ce n’est plus celui de la terreur comme pendant la Guerre froide, nous laissons aux internautes le soin de lui trouver un nom.

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