« MuseoGames, Une histoire à rejouer », du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h30, du 22/06/10 au 13/03/10, Musée des arts et métiers, 60 rue Réaumur, Paris 3e, entrée 3,50 €-5,50 €.
Vue de la salle des machines (les 23 consoles) de l’exposition MuseoGames, au Musée des arts et métiers jusqu’à la fin 2010. © DR
< 02'07'10 >
MuseoGames, ça joue !

Aucune distance à attendre de cet article : « MuseoGames, Une histoire à rejouer », est une exposition forcément extraordinaire. Songez que poptronics y travaille depuis des mois dans l’ombre et qu’il s’agit d’une première historique en France : un musée tout ce qu’il y a de plus institutionnel, respectable et ancien, consacre 600 m2 d’exposition temporaire au jeu vidéo…

Le Musée des Arts et métiers, où se côtoient le pendule de Foucault et l’avion de Blériot, à Paris, n’est pas du genre à sortir des clous de la muséographie la plus stricte. Pourtant, ce qui s’y passe depuis le 22 juin surprend jusqu’à son directeur, Serge Chambaud, intrigué de voir ces jeunes gens, filles et garçons mélangés, parcourir MuseoGames avec le sérieux des plus parfaits rats de bibliothèque. Chaque console ou presque est étudiée (l’exposition en compte 23, de la Magnavox Odyssey de 1972 jusqu’aux consoles PlayStation2, Xbox et Gamecube, c’est à dire juste avant les consoles dites de dernière génération). Chaque jeu est joué, chaque borne testée (moins exhaustives, mais tout de même six bornes, dont une très exotique Time Traveler de 1991, la première borne holographique où la 3D opère grâce à deux écrans et un système de miroirs). Mais le plus fou, c’est qu’ils écoutent, regardent, lisent et sont attentifs à tous les détails de la scénographie concoctée par Pierre Giner, l’un des trois commissaires de MuseoGames et depuis longtemps complice de poptronics (qui donc signe l’éditorial multimédia dans l’exposition).

Et puisque plus de six cents personnes se sont pressées au vernissage, que les blogueurs et les gamers rendent compte de l’événement avec enthousiasme, on peut le dire sans trop s’avancer : MuseoGames est déjà un succès. L’expo profite sans conteste des mésaventures du Musée du jeu vidéo, fermé pour cause d’ascenseur en panne à la Grande arche de la Défense (et qui cherche désormais un autre lieu d’accueil). MuseoGames se distingue cependant dudit musée, en présentant consoles et bornes d’arcade sous leur forme originale, c’est à dire jouables. Un parti pris qui ne coule pas de source : même au centre Pompidou, l’exposition Calder présentait les mobiles de l’artiste en version totalement figée, par souci de conservation…

Le secret de fabrication de cet immense vaisseau jouable tient à une autre particularité, le commissariat partagé, entre un scientifique (Loïc Petitgirard), un artiste (Pierre Giner), un acteur du jeu vidéo (le fondateur de l’ENJMIN, l’école du jeu vidéo française, Stéphane Natkin). Plus de trente ans après l’apparition de « Pong », des bornes d’Arkanoid ou de Pacman, le jeu vidéo s’empare du musée des techniques dans une scénographie réalisée (avec le design graphique d’ensemble, du site aux affiches) par les Lyonnais de Trafik, qui rappelle la lan arena ou le bureau de travail.

Une immense table de jeu (23 mètres), avec au centre, les consoles d’époque (pas des émulateurs, mais bien les consoles originales), et tout au long, chaises et écrans d’aujourd’hui, équipés des manettes et joysticks d’époque. Une façon de se (re)plonger dans l’histoire pas encore écrite du jeu vidéo. Derrière chaque joueur, au mur, courent les écrans géants qui retransmettent en direct la partie des visiteurs, construisant une ligne temporelle visuelle de l’histoire des gameplays.

Le ministre de la Culture est déjà passé, qui a confirmé la nécessité de faire du jeu vidéo un objet culturel. Poptronics n’a pas fait autre chose, en s’occupant d’éditorialiser le propos, apportant nombre points de vue des acteurs et observateurs du milieu du jeu. Façon d’éviter la nostalgie camarade (et les querelles des passionnés, parfois aussi passionnants que les fous de numismatique…) et de tenter une mise à distance critique. Tout au long de l’exposition, des bornes d’écoute interactives permettent d’en savoir plus sur les acteurs du jeu, comme de suivre des chercheurs, artistes ou sociologues spécialistes du sujet. De l’histoire du jeu à ses usages en question (les stéréotypes véhiculés autour de la violence ou des effets d’addiction), en passant par la « game culture ». C’est quoi ça encore ? Un petit exemple, avec ce film réalisé par Manuel Garin, un thésard espagnol spécialisé dans les rapprochements entre gameplay et cinéma, qui confronte Buster Keaton (« Seven Chances », 1925) et « Super Mario » :

« Keaton Mario Scroll », réal. Manuel Garin, 2009 :

En guise de zakouski, voici deux des interviews proposées au long de l’exposition, celle de deux historiques du domaine : Philippe Ulrich, fondateur d’ERE Informatique et de Cryo Interactive, réalisateur des jeux « Dune », « L’Arche du capitaine Blood », « Le Deuxième Monde » (et par ailleurs producteur de Henri Salvador dernière époque) et Frédérick Raynal, l’auteur de « Little Big Adventure », « Alone in the Dark » et aujourd’hui consultant auprès d’Ubisoft.

Philippe Ulrich

Comment devient-on un pionnier du jeu vidéo ?

Quel état d’esprit était le vôtre pour créer des jeux ?

D’emblée, vos jeux ont connu un succès international. Vous vouliez dès l’origine sortir des frontières françaises ?

Le jeu a dès ses débuts été perçu comme dangereux. Qu’en pensiez-vous à l’époque ?

Frédérick Raynal

L’âme d’un jeu, c’est quoi ? Autrement dit, qu’est-ce qui fait qu’un jeu fonctionne ?

Le réalisme toujours plus grand des visuels est-il encore un but pour le jeu vidéo ?

Est-ce que le jeu peut s’émanciper de son support (console, écran) ? Comment voyez-vous évoluer l’industrie ? Entre les petits studios et les grands éditeurs, y a-t-il encore de la place pour des outsiders ?

Et pour conclure (provisoirement sans doute) sur le sujet, on laisse la parole à Pierre Giner qui résume toute l’ambition de MuseoGames : « C’est une expérience spectaculaire et innovante autour de la muséification du jeu vidéo, qui, en convoquant les créateurs et observateurs du domaine, hors du point de vue commercial et industriel, ne veut surtout pas le réduire à un objet mort. » Une première certes, qui a vocation à être déclinée, avec les jeux de demain, les jeux d’artiste, les jeux sociaux, les jeux sérieux, etc.

mathias cena et annick rivoire 

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< 1 > commentaire
écrit le < 18'10'10 > par < annick.rivoire t38 poptronics.fr >
Et ça joue encore et encore : l’exposition est prolongée jusqu’à la mi-mars, compte-tenu de son succès populaire non démenti : des files des jeunes et moins jeunes, des familles, en tout, 23.000 visiteurs sont déjà venus tripoter la manette et retrouver des sensations de gameplay d’antan (alors qu’on en attendait 15.000...). Du coup, plein de perspectives d’avenir pour cette exposition 100% jouable (itinérance, V2 et plus). On en reparle très vite.